-5-La Flamengrie
LA FLAMENGRIE
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1°) Localisation Géographique
La Flamengrie, village d’environ 400 habitants se trouve à 20 km à l’Est de Valenciennes et à 6 km à l’ouest de Bavay. Il possède la singularité d’être quasiment enclavé en territoire Belge.
Parler de La Flamengrie, enclave Française en territoire Belge, c’est surtout et avant tout parler de son histoire qui est indissociable du tracé de la frontière Franco-belge.
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2°) Un peu d’histoire
(D’après des extraits du livret de MM. Debrabant et Renteux « La Flamengrie : Village marqué par la frontière »)
Déjà le nom de « La Flamengrie » en lui même fait immanquablement penser à Flamand.
En fait cette partie de territoire aurait été peuplée vers la fin du XIème siècle par une colonie Flamande. Époque où les comtés de Flandre et de Hainaut étaient réunis.
Le village a porté plusieurs noms depuis cette époque mais ils désignaient sous différentes orthographes le lieu d’habitation de Flamands.
Quelques dates
-Le 10 Août 1678 le traité de Nimègue (Pays-Bas) est signé, Après avoir conquis les Pays-Bas espagnols Louis XIV souhaitait faire la paix avec Guillaume III d’Orange. Des villes occupées par les Français comme Maastricht sont rendues au prince d’Orange. Quelques places-fortes Charleroi, Ath, Courtrai…sont rendues à l’Espagne par contre de nombreuses places-fortes flamandes sont cédées à la France : Valenciennes, Cambrai, Maubeuge, Bouchain, Condé sur Escaut, Bavay…Places-fortes du futur pré-carré de Vauban.
Conséquence de ce traité ; Le Hainaut est coupé en deux, La Flamengrie est rattachée à la France. Roisin, village voisin qui appartenait à la prévôté de Mons reste espagnol. Mais la paix de Nimègue ne dure pas longtemps, la guerre revient en 1690.
Suivent les mauvaises récoltes, les contributions écrasantes, les razzias des voleurs, les meurtres.
-En 1702 lors de la guerre de succession d’Espagne le Bavaisis subit le harcèlement des Hollandais qui exigent le versement de contributions sous peine de destructions, de pillages, d’enlèvements.
-En 1709 ce sont les troupes qui manœuvrent qui mettent la contrée à mal. La chapelle de la cense de la commanderie des templiers (Ordre de Malte) est pillée. Le 11 septembre c’est la bataille de Malplaquet.
-en 1713 le traité d’Utrecht amène une paix durable, La Flamengrie reste Française malgré les fluctuations ultérieures de la Frontière.
La France hérite d’un nouveau voisin : l’Autriche.
La Flamengrie devient alors village frontalier avec l’empire des Habsbourg. Commence alors l’épisode mouvementé du tracé de la frontière.
Ci dessous la carte actuelle du village qui met en évidence sa position enclavée en territoire Belge.
La Chaussée antique (dite Brunehaut) en cailloutis reliant Bavay à Tournai (Belgique) est peu à peu délaissée au « profit » de la nouvelle route Bavay-Valenciennes (Atlas de 1746) située au sud de La Flamengrie, (donc en France) reliant stratégiquement les places fortes de Maubeuge et de Valenciennes. Elle est une des premières routes pavées de la région.
Avant le XVIIIème siècle pour aller de Bavay (France) à Sebourg (France) il fallait prendre la chaussée Brunehaut en propriété conjointe avec l’Autriche, ré-entrer en France peu après le carrefour du « Callotin », reprendre la chaussée Brunehaut mitoyenne avec l’Autriche. Entrer en territoire Autrichien jusqu’au village de Bry situé en France et enfin atteindre Sebourg.
-La chaussée « Brunehaut » Bavay-Tournai ne sera plus utilisée pour rejoindre Valenciennes, il fallait en effet à cette époque longer le bois de Roisin, où se cachaient les contrebandiers et les malfaiteurs, et il fallait traverser la frontière à plusieurs reprises.
Les habitants de la Flamengrie emprunteront alors l’autre chaussée « Brunehaut » Bavay-Cambrai qui rejoint à Jenlain la route Le Quesnoy-Valenciennes
Nota : Sur la carte ci-dessus les petits carrés (très petits) représentent les bornes frontières entre la France et la Belgique ( l’Autriche à l’époque)
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3°) Histoire des bornes frontières
Il faudra deux longues années de négociations et de tergiversations dès 1779 pour effectuer les premiers mesurages concernant le bornage de cette frontière entre la France et l’Autriche (aujourd’hui Belgique). En 1781 ce sont 65 bornes numérotées portant d’un coté la fleur de lys représentant les armes de la France et de l’autre l’aigle bicéphale de l’empire Autrichien.
Ce bornage amènera des situations cocasses ; des cultivateurs Belges (Autrichiens) devaient passer en France pour rejoindre leurs terres en Belgique en passant par la Flamengrie et de même et inversement pour des agriculteurs Français.
On cite souvent le fait divers suivant :
Un jour, un fermier a voulu passer la frontière, sans formalités, avec sa citerne remplie de purin. Après maintes discussions avec les douaniers, il a finalement su les convaincre de le laisser passer sous peine de vider le contenu de son chargement nauséabond sur place !
Ci-dessous une vidéo de l’INA qui prête à sourire mais qui illustre bien la situation de la Flamengrie.
-Vidéo INA
Source: http://www.ina.fr/video/CAB99024577
Conséquence de cette frontière, très improbable à surveiller complètement, elle a favorisé la contrebande. La proximité de la Belgique, dont certaines denrées étaient moins taxées qu’en France notamment le tabac, le café, le sucre et l’alcool, occupait de très nombreux agents des douanes qui patrouillaient jour et nuit le long de la frontière. Des manufacturiers de la commune Belge de Roisin fabriquaient des paquets de tabac dits « de Roisin » très recherchés dans les communes du Hainaut Français. Le tabac se disait « Toubac » dans notre région.
Une rue de la Flamengrie rend « hommage » à ce trafic très répandu jusqu’ à une époque récente. (Ouverture des frontières au marché commun).
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4°) Quelques vues des édifices du village
-L’ église Saint-Gilles, Édifiée en 1859 à l’emplacement d’un ancien bâtiment que l’on dit bâti par les templiers.
-La Mairie
Installée depuis 1879 dans les locaux de l’ancienne école. Elle occupe complètement ce bâtiment. Auparavant seul l’étage faisait office de mairie, et on raconte que les réunions du conseil se tenaient dans un estaminet.
La toute première école se trouvait au carrefour du « Calotin » (voir carte plus haut)
-La commanderie des templiers au lieu-dit « le Calotin »
Ce carrefour est assez singulier, il se trouve sur la voie antique dite « Chaussée Brunehaut » qui reliait Bavay à Tournai (Belgique) par Escautpont. C’est à cet endroit dès 1681 que l’ordre des Templiers du Piéton (près de Mons) avait établi une cense importante. Il ne s’agissait pas d’un ordre contemplatif. Leur mission était la protection et l’hébergement des pèlerins qui se rendaient de Bavay à Sebourg sur le tombeau de Saint Druon.
Voir extrait du cadastre ci dessous:
Source : Archives départementales du Nord. Cadastre cote P30/133 La Flamengrie
Cet extrait de plan du cadastre fait l’objet d’une autorisation de parution dans ce blog délivrée par les archives départementales. Reproduction interdite sans leur accord.
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5°) Quelques bornes frontière
Un document « Circuit promenades » édité par l’association E.T.A.P de Roisin présente un plan d’un circuit promenade permettant de découvrir ces bornes frontière mais il est indiqué que certaines sont en domaine public et d’autres en domaine privé. Dans une réédition récente la légende a changé : Les bornes en domaine public sont devenues des bornes existantes par contre celles en domaine privé sont considérées comme bornes disparues (mais leur emplacement est indiqué). Il a été dit, sous couvert, que certaines bornes servaient de montants d’Âtre de cheminée. Mais ce sont des médisances !
En cliquant ici vous ouvrez un site qui répertorie la quasi totalité des bornes.
En entrant dans le village en venant de Valenciennes ou de Bavay au lieu dit « Le Calotin » (voir photo ci-dessous) apparait une borne frontière (borne n°17) et une boite à lettre rouge Belge. De l’autre coté de la Chaussée Brunehaut on aperçoit la chapelle « des 4 chemins », elle est située en territoire Français.
Un peu plus loin, rue de l’église, à une dizaine de mètres, sur le même trottoir une autre borne (borne n°18), souligne la complexité du tracé de cette frontière.
Les bornes portent d’un coté l’aigle à deux têtes Autrichien et de l’autre la fleur de lys de la royauté Française. Sur le dessus un numéro d’ordre est gravé. 1 à 65
Ci-dessous la prise de vue de quelques autres bornes situées en domaine public, que chacun peut retrouver lors d’une promenade.
Parfois la découverte ressemble à un jeu de piste, il faut emprunter le sentier dit « Voit n’y goutte » en marchant sous la frondaison pour découvrir la borne 46, mais ce sentier est un cul-de-sac.
La borne n° 46 ou bout du sentier où on n’y voit goutte, faites un pas de plus et vous entrez en Autriche !
L’imposante ferme ci-dessous se trouve en Belgique au bout du chemin des Rocs.
Elle se trouve bien en ancien territoire Autrichien car la borne ci-dessous N° 42 placée derrière les arbrisseaux du premier plan de la photo précédente l’indique. (C’est une ferme Belge mais on ne peut y accéder que par une voie Française).
En prenant la direction de Roisin vous trouverez la borne 37
Toutes les bornes ne sont pas photographiées ni présentées dans cet article car leur découverte est parfois difficile. Je vous laisse le plaisir de la recherche. Ci-dessous la borne 31
Celle-ci semble avoir été un peu bousculée par un engin agricole désireux de labourer en territoire étranger.
D’autres ont subi quelques dégâts. (Borne 21 de la rue du rivage).
Cette autre borne n°19 de la rue du vieux chemin de Valenciennes est-elle mal placée ?
Où se trouve la frontière ? Entre les deux maisons ? Sur la moitié du trottoir ?
Heureusement que les portes s’ouvrent dans l’autre sens.
Cette dernière photo (j’en ai d’autres) illustre bien les difficultés rencontrées par les géomètres lors du tracé de la frontière et les négociations, tractations, compromis qui ont duré 2 ans.
On comprend mieux ainsi cette particularité de la frontière qui ne pouvait que favoriser la contrebande.
« Sucre, alcool, café et tabac étaient amenés en fraude. Certains contrebandiers utilisaient des caches pour entreposer leurs marchandises et les paysans ne disaient rien, craignant les représailles… D’autres dressaient leurs chiens à passer la frontière avec des corsets rembourrés de tabac ou encore de dentelles. Les meilleurs amis des passeurs devaient alors déjouer les pièges des douaniers et affronter les chiens policiers. Le maire de La Flamengrie reconnaît lui-même avoir été un contrebandier dans sa jeunesse. « On cachait le tabac sous nos casquettes et on se les échangeait parfois pour duper les douaniers », relate Régis Grémont-Naumann. Ironie de l’histoire, la mairie se trouve aujourd’hui dans la rue… des Toubaqueux »
Source :
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6°) Carte avec emplacement des bornes
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7°) L’affaire du 19 Août 1888
En 1888 le général Boulanger cherche à renverser la république, il mène campagne dans plusieurs circonscriptions. Le 19 Août c’est le jour des élections. Grosse surprise, seul le village de la Flamengrie vote à 100 % pour la république. Mais il faut dire que les deux seuls Boulangistes du village ont été enfermés dans une grange.
Une souscription nationale est ouverte par la république et le 02 juillet 1889 une Marianne dorée à l’or fin est offerte à la commune et inaugurée par le préfet de l’époque devant 2000 personnes. .C’est depuis cette époque que les habitants de la Flamengrie portent le nom (le gentilé) de Français et Françaises (unique en France).
Source; Wikimedia commons. Image libre de droits https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ALaFlamengrieStatue1888_200507.jpg
Statue du vote du 19 Août 1888 restaurée en 1982 et en 2005
Hauteur environ 1,80 m
Dorée à la feuille d’or fin.
La statue portait à l’origine un flambeau dans la main droite et un rameau d’olivier dans la main gauche.
-Au début de la première guerre mondiale, fin Août 1914 la statue avait été peinte, démontée et mise à l’abri des Allemands sous un tas de fumier.
-Elle fût restaurée en en 1982 et en 2005
Mais son histoire ne s’arrête pas là car elle fût volée en 2008.
-Ci-dessous Photo prise en 2014 du socle de la statue en pierre bleue de Hon-Hergies (Sans la statue)
Nouvelle statue.
Peu après le vol, la municipalité s’est mis en quête d’une nouvelle statue conforme à l’originale. Après de nombreuses recherches il est apparu que 45 statues identiques avaient été fabriquées et qu’il en restait encore actuellement 15 en état et surtout qu’une réplique exacte se trouvait à Salvagnac dans le Tarn. C’est cette dernière qui servit de modèle à la fabrication de la nouvelle statue. Celle-ci est dorénavant placée sur la place devant la mairie. Elle a été inaugurée le 18 Avril 2015. Mais il lui manque toujours le flambeau et le rameau d’olivier. Ce n’est pas un poing contestataire qu’elle brandit.
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8°) Moneuse le chauffeur du Nord
« Moneuse ! Évocation lugubre d’un nom à jamais abhorré qui glaçait d’effroi les populations terrorisées du Haut-Pays. Sinistre bandit; coquin exécré; infâme détrousseur de voyageurs attardés sur les grand-routes ; pillard éhonté de fermes isolées ; coureur infatigable de jupons troublants ; ivrogne invétéré ; pilier de cabarets ; brute odieuse dont le souvenir nauséabond intoxique encore les mémoires rancunières. Tout le long de la frontière française, de Feignies à Roisin, du nord au sud, de Ville-Pommerœul à Bavay, en passant par Thulin, Erquennes, Dour, Élouges ; de l’est à l’ouest, de Binche à Condé, en Hyon, en passant par Quévy, Nouvelles, Asquillies, Ciply, Moneuse sème une irrésistible terreur derrière lui. »
Le paragraphe ci-dessus est extrait du livre : Moneuse. Un chef de bandits sous le directoire par Albert JOTTRAND du Barreau de Mons.(1932). Lien : http://users.skynet.be/sky71622/Moneuse.html
Ce livre est mis en ligne par la librairie « L’oiseau-Lire » 36 rue du Hautbois. 7000 MONS (Belgique)
En 1796 le bandit Moneuse et sa bande de « chauffeurs » attaque le moulin de Rombies-et- Marchipont de nuit mais se contente d’emporter des victuailles après avoir « chauffé » les pieds de la meunière et menacé les occupants. (Source: Cercle historique et archéologique de Rombies-et-Marchipont).
Mais vous pouvez lire le récit d’un de ses pires méfaits en cliquant ici.
Moneuse fût jugé et condamné à la guillotine sur la place de Mons (Mons faisait partie, à l’époque, du département Français de Jemmapes). Faute de témoins pendant le jugement (chacun craignait des représailles) Moneuse fit appel de sa condamnation et libéré. Mais après d’autres crimes il fût arrêté, jugé et guillotiné sur la place de Douai. Un de ses témoins à charge était notamment le notaire M.L dont il est question dans l’histoire dont je vous conseille la longue lecture ci-dessus.
Pourquoi parler de Moneuse dans cet article sur La Flamengrie ?
C’est que le village est très proche de St Waast-la-Vallée où l’on connait deux refuges de Moneuse.: Chacun devait trembler la nuit l’oreille aux aguets.
-La tour au bois.
-L’auberge devenue le restaurant « Le Moneuse » situé sur la chaussée Brunehaut Bavay-Cambrai à la sortie de Saint-Waast-la-Vallée.
Si vous vous promenez dans les rues de La Flamengrie vous découvrirez des habitations dont les fenêtres sont encore protégées par de lourds barreaux, ceux-ci datent de l’époque où Moneuse terrorisait la région.
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9°) Circuit promenade
Un circuit promenade vous est proposé par le conseil général du département du Nord en cliquant sur le lien ci-dessous :
http://www.cc-paysdemormal.fr/IMG/pdf/circuit_des_bornesn9.pdf
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Fin de l’article
Il est rare qu’un si petit village possède une histoire si complexe, je vous conseille de le visiter. Ne serait-ce que pour jouer au jeu de piste à la recherche des bornes frontière.
Rappel
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Pour les autres photos et illustrations: les sources sont citées
4 Commentaires pour “-5-La Flamengrie”
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très beau document sur l’histoire tourmentée de notre Hainaut.
11 octobre, 2016 à 19 h 06 minMerci pour votre commentaire. Je crois, comme vous le dites que les Hainauts (Belge + Français) de part leur position géographique ont subi toutes les invasions qui ont modelé notre histoire. Dés que l’on se penche un peu sur l’historique d’un village on fait des découvertes étonnantes.
11 octobre, 2016 à 23 h 53 minMais faire des photos c’est relativement facile, par contre leur joindre un texte qui apporte une information m’est toujours difficile.
Georges Biron
Dernière publication sur FAMARS : Chronique Sarrasine : Les conférences des "Conférenciers du Hainaut"
La Flamengrie est un village calme et tranquille ou il fait bon vivre et surtout les balades sont agréables.
1 septembre, 2016 à 21 h 17 minje garde de bons souvenirs surtout en voyant les photos.
L’histoire de la Flamengrie au fil des siecles est passionnante
surtout qu’elle est enclavée entre le France et la Belgique.
chapeau bas Georges, à bientôt
Merci Jacques pour ton commentaire. C’est vrai que l’histoire de La Flamengrie est très fournie en événements, je n’en ai fait qu’un résumé. J’y suis allé de nombreuses fois, toujours avec plaisir, pour m’imprégner du site et y faire de nombreuses photos j’ai même été aidé par le très aimable personnel de la mairie qui m’a fourni quelques documents, cela m’a aidé pour bâtir le plan de mon article.
1 septembre, 2016 à 22 h 46 minà bientôt
Georges
Dernière publication sur FAMARS : Chronique Sarrasine : Les conférences des "Conférenciers du Hainaut"