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-2-Vendegies-sur-Ecaillon

Localisation géographique

Carte  du Géoportail IGNSource : carte du Géoportail de l’I.G.N.

Vendegies sur Ecaillon se trouve à une dizaine de km au sud de Valenciennes, elle est traversée par la départementale  D958 (RN 358 déclassée en 1970) reliant Valenciennes à Solesmes. C’est le point de départ de la D114 reliant Vendegies à Cambrai. Cette départementale est en fait une portion de la chaussée dite Brunehaut reliant Bavay à Cambrai .

Un peu d’Histoire

La présence d’un menhir et d’une chaussée antique dite Brunehaut accrédite l’ancienneté de la commune avant les premiers siècles de notre ère. Le nom viendrait de « Duo Flumina »  (deux fleuves), la commune se trouve en effet à la confluence de deux rivières L’Ecaillon et Les Harpies. En 1153 le nom serait devenu Vendeleice par contre  le nom actuel daterait du début du XIIIème siècle.

 

Édifices remarquables , curiosités, légendes.

1°) L’église Saint Saulve.

Il ne reste que la tour carrée du clocher datant de 1631 de l’église d’origine. L’église actuelle de style néogothique  date de 1862.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAL’ intérieur à été magnifiquement restauré entre 2004 et 2008.

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L’architecture de son fronton est surprenante car elle ressemble étrangement à celle de l’église St Martin de la ville de Saint Saulve (Banlieue Nord de Valenciennes).

Voir la juxtaposition des deux photos ci dessous:OLYMPUS DIGITAL CAMERA

À Gauche L’église Saint Saulve de Vendegies , à droite l’église St Martin de la ville de Saint Saulve. En fait les constructions ont été confiées au même architecte Valenciennois M. Dutouquet  (1862 pour Vendegies et entre 1863 et 1865 pour l’église St Martin).

Un buste de St Saulve se trouve comme il se doit, en tant que Saint Patron, au dessus de l’autel secondaire de droite de l’église de Vendegies.

 

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2°) Histoire (ou légende) du martyre de Saint Saulve.

Tout d’abord précisons qu’il existe plusieurs St. Saulve en France. Les plus connus sont :

-Saint Saulve d’ Amiens qui fonda un monastère à Montreuil sur mer. Mort en 615 , ses restes et de ceux de son compagnon Ingaud y furent translatés  en 1111. Une église porte son nom à Montreuil sur mer.

-Saint Saulve d’ Albi

-Saint Saulve de Valenciennes (ville de Saint Saulve). Le résumé de la légende ci-dessous a pour source le site officiel de la ville de Saint Saulve.

Un jour de  741 Salvius ,ou Sauve ou Saulve, évêque itinérant venu d’ Auvergne vint dans le Hainaut prêcher la pénitence et annoncer le royaume des cieux. Il est reçu avec son diacre par le procureur du fisc de Valenciennes.

 Winegard le fils de ce dernier est pris de convoitise par les ornements et vases sacrés de l’évêque. Le lendemain alors qu’il se rendait en direction de Condé sur l’Escaut Saulve et son disciple sont arrêtés, dépouillés et jetés en prison.

Ne sachant que faire des prisonniers et sur les conseils de son père, Winegard donne l’ordre de la décapitation à la hache de l’évêque et de son disciple. Les deux corps sont enterrés dans une étable de Beuvrages occupée par un taureau de grandeur extraordinaire qui garde place nette la fosse où reposent les deux corps.

Une nuit, une voisine aperçoit venant de l’étable une grande clarté qui provient des cornes du taureau. Le roi Charles (Charles Martel ?) mène une enquête sur le meurtre et la sépulture, les coupables sont confondus ils seront châtrés et leurs yeux arrachés. Le serviteur en tant que simple exécutant n’aura que les yeux arrachés.

 Après avoir été embaumés les corps  sont posés sur un char pour être menés à l’église St Waast de Valenciennes mais les bœufs, comme bloqués, ne peuvent avancer. Un second essai est tenté vers l’église Ste  Pharaïlde mais il est infructueux, puis les bœufs se dirigent à toute allure vers la basilique Saint Martin de l’agglomération de Brena*. qui deviendra  par la suite le village de Saint-Saulve.

*Brena est le nom que donnait le chroniqueur  Jacques de Guise à cette agglomération au Nord de Valenciennes qu’il pensait avoir été fondée par le guerrier Celte Brennus.

Hubert Cailleau, enlumineur Valenciennois du recueil des antiquités de Valenciennes (Louis de La Fontaine)  a illustré la passion de Saint Saulve.

En arrière-plan l’enterrement dans l’étable de Beuvrages.

IRHT_079592-pSource :  Bibliothèque de Douai  Cliquez ici.Illustration de la base Enluminures réutilisée en accord avec la Bibliothèque de Douai. Reproduction interdite sans son autorisation.

On retrouve dans l’église St Martin de la ville de Saint Saulve ce buste du Saint avec la Hache qui l’a décapité et le taureau qui a révélé sa tombe.

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3°) La brasserie Bisiau Rombaut de Vendegies.

Non loin de l’église, en remontant la route de Valenciennes au n°50,  un imposant corps de ferme  datant de 1778 a été reconverti vers 1893 en brasserie-malterie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOn peut remarquer, en façade, la fenêtre en chêne sculptée dont l’imposte représente Saint Eloi qui a donné son nom à la bière  brassée à cet endroit.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPar le porche d’entrée on aperçoit un très ancien colombier datant de 1778  quand l’opulence et la richesse d’une ferme se jugeaient à la taille de celui-ci.

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La brasserie a cessé son activité en 1939.

4°) Le menhir dit « Grés Monfort » ou « gros Caillou »

Dans les années 1960 un panneau indiquait la direction d’un dolmen, à l’heure actuelle c’est la direction d’un menhir qui pique la curiosité des promeneurs.

Dolmen ou Menhir qu’en est-il exactement ?.

Tout d’abord il est nécessaire de préciser qu’il s’agit bien d’un monolithe en grès landénien dont l’édification remonte au néolithique soit environ   6000 ans  avant JC.

 En 1922 M. Desailly de la société préhistorique de France écrivait que les fouilles du Dr Bompart révélaient que l’énorme bloc était appuyé sur 3 piliers en blocage de grès. C’était donc bien un Dolmen et non pas une pierre quelconque provenant de la carrière toute proche.

En 1913 M.Henaut conservateur de la  bibliothèque de Valenciennes avait même pris  une photo de la pierre avant son redressement.

Quelques années plus tard, en 1917 pendant l’occupation allemande du village une compagnie relève la pierre pour en faire un Menhir. Le Dolmen de M. Bompart est (re)devenu  un menhir.

M.Desailly  en 1922 insiste sur le fait qu’il s’agit bien d’un menhir et non pas d’un Dolmen  car les fouilles allemandes n’ont relevé ni calage ni pilier, le grès Montfort reposait simplement sur le sol.

Le 18 Mars 1980 le « Gros caillou » fut classé comme menhir parmi les monuments historiques par arrêté des affaires culturelles.

Ci-dessous le menhir qui domine la vallée de l’ Ecaillon.

Vendegies sur Ecaillon _Le grès Montfort

Vendegies le gros caillou

Gros caillou ou grès Monfort

Le menhir de Vendegies est également source de légendes et de traditions. C’est grâce à celles-ci qu’il n’a pas  été taillé en dalles et pavés. Il se trouvait cependant  à proximité d’une carrière de grès et d’une cinquantaine d’autres pierres identiques, mais ces dernières   par contre ont été débitées en pavés vers 1800.

Pourquoi est-il resté en place ?

Tout d’abord il faut préciser que le menhir se trouve à moins de 1200m de la voie antique Bavay-Cambrai-Amiens  que l’on nomme Chaussée Brunehaut.

M. Desailly en 1921 dans sa communication à la société archéologique Française balaie toutes les légendes au sujet des chaussées qui partent en étoile depuis Bavay vers des villes importantes  comme Amiens, Boulogne,  Gand, Cologne, Trèves…

Une de ces légendes que l’on aime bien raconter est celle de la reine Brunehaut attachée à la queue de son cheval emballé qui aurait ainsi tracé toutes ces voies. Une colonne  surmontée de la statue de la reine Brunehaut est même érigée au centre de Bavay d’où partaient les 7 chaussées dites Brunehaut.

Illustration de la mort de la reine Brunehaut dans l’imagerie populaire.

Mort de la reine Brunehaut

Source : cliquez ici :By Cyberlbx ; engraver G. Perrichon [Public domain], via Wikimedia Commons.

M.Desailly écrit : « les chaussées (brunehaut) ne sont-elles pas d’origine préhistorique ? ».

Certes ces voies ont été dallées, pavées, entretenues par les romains mais ce ne sont pas eux qui les ont tracées. Elles seraient des voies de communication  reliant des lieux de culte éloignés vers le centre d’un culte stellaire : Bavay.

M. Desailly remarque que ces chaussées sont jalonnées de monuments mégalithiques, Dolmens, menhirs, allées couvertes …Il est donc logique de leur supposer une origine commune. Les chaussées dateraient donc du Néolithique.

Où se trouvent donc ces pierres ?. En fait beaucoup ont été détruites depuis la christianisation de la Gaule car  elles étaient le symbole d’un culte païen. Mais alors pourquoi en reste t’il quelques unes, notamment le Grès Monfort à Vendegies et les pierres jumelles de Cambrai sur cette même chaussée Brunehaut ?. (D’autres pierres subsistent à proximité des autres chaussées).

Ces monuments mégalithiques sont restés en place à cause  des légendes, croyances, superstitions qui ont perdurées au cours des siècles.

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5°) les légendes et histoires.

Tout d’abord on note sur une des faces du Menhir l’existence d’une empreinte  pédiforme (en forme de pied), qui est en fait une cupule. S’agissait’ il d’une trace divine  ou d’une trace du pied du malin, nos anciens, dans le doute, ont préféré ne pas toucher à ce menhir.

Grès Montfort trace de pied

Une tentative de Christianisation semble même avoir été effectuée à son sommet.

Menhir de Vendegies Christianisé

-Dans les années 1870 On a essayé de déplacer la pierre pour en faire un soubassement de calvaire, 20 chevaux ont été attelés à un énorme chariot, mais on ne put la déplacer.

- Les traditions  font respecter ce menhir depuis des siècles (peut-être des millénaires), on dit même que l’on raconte aux enfants que c’est sous le gros Caillou que les mamans viennent chercher les bébés. La légende  dit aussi que l’on y entend les enfants pleurer.

Collez-y votre oreille si vous visitez Vendegies. !

6°) La Chaussée « Brunehaut » et le site d’ Hermoniacum

Bermerain Chaussée Brunehaut

Les romains construisaient le long de ces voies antiques qu’ils s’étaient appropriés et qu’ils entretenaient  des relais pour leurs armées. Plusieurs historiens localisent un de ces relais au lieu dit « Clair ménage » déformation de « herménage » dans le bas de Vendegies entre l’ Ecaillon et les Harpies le long de la chaussée Brunehaut.

Un relais portant le nom d’ Hermoniacum figure sur les tables de Peutinger, mais cette localisation n’est pas partagée par tous, certains considèrent que Hermoniacum c’est Bermerain , Village voisin de Vendegies. On peut remarquer que ces dénominations se ressemblent beaucoup phonétiquement: Hermoniacum, herménage, Bermerain. Une voie, un diverticule,  qui n’est sans doute pas antique mais Romain  reliait (et relie toujours) Famars  à Bermerain , il coupe la chaussée Brunehaut au lieu-dit le Calvaire. Nul ne peut douter qu’il s’agissait d’une voie reliant la cité gallo-romaine de Fanum Martis au poste militaire  Hermoniacum.

Ci-dessous une photo de ce diverticule prise au lieu-dit l’ Oliette . Le Rogneau affluent de l’ Ecaillon passe sous cette voie au niveau de l’ Oratoire que l’on aperçoit au milieu de la photo.

Diverticule Bermerain_Famars

La chaussée Brunehaut ne devient la D114 vers Cambrai qu’à la sortie de Vendegies , au niveau de l’embranchement avec la D85 reliant Vendegies à Bermerain. En direction de Bavay il n’en reste  que des sections qui servent de dessertes agricoles.

Ci-dessous des promeneurs empruntant  la chaussée Brunehaut Bavay-Cambrai .Ces chaussées rectilignes venant d’un horizon pour rejoindre  un autre ont certainement été la source de crainte du surnaturel de la part de nos ancêtres paysans. !

Chaussée Brunehaut vers Vendegies sur Ecaillon

7°) Proposition de promenade (5km)

Point de départ : Le parking du cimetière situé dans la descente de la D 958 (rue de Valenciennes). Descendre à pied vers  la première intersection en prenant garde à la circulation automobile très dense. Emprunter pendant quelques dizaines de mètres la rue du vieux chemin puis tourner à gauche rue des billes, le chemin qui conduit au menhir se trouve à une cinquantaine de mètres sur la droite.

Vendegies Circuit du Menhir et de la chaussée BrunehautSource Plan du Géoportail de l’ IGN

Après la prise de quelques photos revenez sur vos pas et empruntez un chemin herbagé, clôturé,  situé entre les pâtures, les vaches viendront vous saluer.

 Le chemin vous conduira directement à la D85, (Rue de Sommaing ) . Prenez à Gauche direction de l’église , traversez avec prudence la D958  .La brasserie Bisiau-Rombaut se trouve sur votre gauche en montant, allez admirer la fenêtre sculptée puis redescendez jusqu’ au carrefour en face de l’église .Prenez la direction Bermerain,

 Au cimetière militaire tournez à gauche et vous emprunterez une chaussée du néolithique en réalisant peut-être que vous empruntez une chaussée déjà parcourue par des hommes préhistoriques, puis des Celtes (que Jules César appelait Gaulois), puis des légions romaines. Vous mettrez peut-être vos pieds dans les pas de César se dirigeant vers Bavay et Famars pour les occuper après de terribles combats . (Le controversé  Jacques de Guyse dans son histoire du Hainaut  disserte beaucoup sur cette campagne)

Empruntez la chaussée pendant 800m et prenez à gauche la rue du Roniau qui vous ramènera en bas de la rue de Valenciennes. En tournant à droite vous retrouverez le parking du cimetière.

Ceci n’est qu’une proposition de balade, vous pouvez vous promener dans Vendegies , des panneaux récents comme celui  de la  photo ci-dessous mis en place par la Communauté de Communes du Pays Solesmois  vous apporteront beaucoup d’autres informations.

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Ces quelques photos, anecdotes, légendes devraient vous inciter à découvrir ce village du Hainaut si proche de Valenciennes mais que beaucoup ne connaissent pas.

À bientôt pour la découverte d’autres villages du Hainaut.

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Pour les autres photos et illustrations: les sources sont citées.

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Autres sources Site Persée.

Extrait de bulletins de la sté préhistorique de France

Année 1921 Communication de M. Desailly; « Les chaussées romaines de Bavay n’ont -elles pas une origine préhistorique« .

Année 1922 Communication de M. Desailly: « Notes sur quelques monuments Mégalithiques de la région Nord« 

29 août, 2014 à 18 h 40 min


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